Certification AMF : quel avenir pour les validations internes ?

Qu’est-ce qu’un dispositif de validation interne ?

Le dispositif de certification AMF en France autorise les établissements à disposer d’un examen construit en interne portant sur les mêmes sujets que les examens certifiés externes (tel que celui de Bärchen).
Une grande partie des banques utilise cette option sachant que les examens ne sont valides que dans la banque concernée. Les salariés qui la quittent doivent repasser la certification AMF s’ils veulent travailler dans un autre établissement.
L’objectif principal de ces établissements est de faire passer un examen plus facile que les examens externes sous un prétexte d’adaptation à leur contexte. En pratique les examens de validation interne sont souvent fondés sur des bases de questions réduites et avec des niveaux de difficulté moins élevés que ceux imposé par l’AMF pour l’examen certifié.
Il n’y a pas d’explication rationnelle à cette double mesure mais plutôt un héritage historique de la mise en oeuvre de la Certification AMF voilà bientôt 10 ans.

2020 : l’année du changement

En 2020 l’examen certifié va être profondément modifié (voir mon billet précédent). Il n’y aura plus qu’une seule base globale de 2 800 questions dont seront issus les examens certifiés. Il y a deux conséquences principales prévisibles.

  1. La fin des examens certifiés « faciles ».
    Il est connu que certains examens certifiés sont plus faciles que d’autres. Afficher 100% de réussite comme le font certains est un indice qui ne trompe pas. A partir de 2020, une seule base de questions donc fini les examens « pochette-surprise ».
  2. Le changement de comportement d’apprentissage pour une majorité de candidats.
    Si Bärchen intègre dans sa stratégie de formation un parcours digital complet basé sur la compréhension des sujets, ce n’est pas la norme et beaucoup basent leur préparation sur un bachotage intensif des questions. Ce bachotage qui était difficile avec 600 questions devient impossible avec 2 800. Vous vous en doutez c’est le but principal de cette base unique.

Quel impact pour les dispositif de validation interne ?

L’écart de difficulté entre les examens de validation interne et les examens certifiés externes (même les plus faciles) pouvait paraitre étonnant jusque là. Qu’en sera-t-il en 2020 ?

Une grande banque nationale a consulté le mois dernier pour être accompagnée pour une validation interne avec 75% de réussite sur un examen issu d’une base de 400 questions. Comment en 2020 justifier ce rapport de 1 à 7 entre les deux bases de questions ?  Si le bachotage est un phénomène récurrent qui a motivé le passage à une base de 2 800 questions, qui va croire que ce n’est pas un problème dans les dispositifs de validation interne avec des bases de 400 questions ?

La question se pose donc de savoir si l’AMF va revoir les conditions propres aux  validations internes.

Soit il  y a un alignement vers le haut par exemple en demandant une augmentation sensible du nombre de questions et/ou un taux de réussite  de 80%.

Soit il y aura un réel arbitrage à faire entre les deux solutions. Les entreprises qui sont sur une validation interne n’auront alors pas la motivation de passer à un examen certifié externe et resteront bloquées sur leur modèle.  Deux poids et deux mesures.

Une question de compétences

Au-delà de l’arbitrage réglementaire pour esquiver la difficulté d’un examen, se pose la question de l’augmentation des compétences des conseillers sur les questions de l’épargne financière.

Le niveau de départ des conseillers est exécrable. Quasiment aucun conseiller ne sait ce qu’Euronext signifie, et personne ne peut expliquer ce qu’est le risque de taux pour une obligation à taux fixe. C’est gênant quand on vend du fonds euros au kilomètre et encore plus quand il s’agit d’orienter l’épargne des français vers de l’UC et des OPC.

Les banques se lamentent sur la difficulté à collecter en épargne financière. Une des raisons est que la culture financière des Français est à la cave. Mais qui, à part le banquier, peut faire preuve de pédagogie pour expliquer comment un placement en instruments financiers est certes risqué mais pour autant incontournable dans un patrimoine équilibré notamment pour préparer sa retraite ?

Encore faut-il avoir la compétence pour le faire ! Vous allez me dire que ce n’est pas en passant un examen comme l’examen certifié AMF que les conseillers vont devenir des champions du conseil en investissement. Ce n’est certes pas suffisant mais c’est un premier pas et transformer l’exercice en pure formalité en conservant des validations internes version bisounours va encore moins aider.

A moins que comprendre ce qui se passe quand on appuie sur le bouton qui lance l’algorithme de préconisation ne soit pas considéré comme nécessaire. Mais dans ce cas autant supprimer directement ce qui se trouve entre l’algo et le client : le conseiller.


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